Séminaire d'anthropologie diachronique (ethnologie et anthropologie)

Événement à venir

Programme 2022-2023

5 octobre 2022
salle des conférences ou salle Asie de la MISHA, campus Esplanade, univ. de Strasbourg, et simultanément à la salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3, et en distanciel

Programme du séminaire d’anthropologie diachronique (ethnologie et archéologie)
interdisciplinaire commun université de Strasbourg, université Paul Valéry-Montpellier 3, CNRS


Thème de l’année 2022-2023 :
« Guerre ou paix : raisons et stratégies, armes et défenses »
(dédié à André Leroi-Gourhan)


sous la direction de
Pierre Le Roux, Luc Jallot, Philippe Lefranc, Valéry Zeitoun


Séminaire d’enseignement et de recherche de niveau doctorat et master, ouvert aux doctorants (en particulier à ceux de l’ED 519 « Sciences humaines
et sociales - Perspectives européennes », de Strasbourg), aux étudiants de licence et au public cultivé sur acceptation des organisateurs)

Comité d’organisation
Florent Jodry (INRAP), Matthieu Michler (INRAP), Bernard Moizo (IRD), Bernard Sellato (CNRS)


Laboratoire SAGE (UMR 7363 CNRS & univ. de Strasbourg)
Laboratoire ASM (UMR 5140 CNRS & univ. Paul Valéry-Montpellier 3) & Groupes de réflexions modestes (GRM)
Laboratoire ARCHIMEDE (UMR 7044 CNRS & univ. de Strasbourg)
Laboratoire CR2P (UMR 7207 CNRS, Muséum national d’Histoire naturelle, Sorbonne Université)

Séminaire hybride : en présence à la salle des conférences ou salle Asie de la MISHA, campus Esplanade, univ. de Strasbourg, et simultanément à la salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3, à distance via BBB, salon séminaire d’anthropologie diachronique, lien https://bbb.unistra.fr/b/pie-pzw-qrj-ohy

24 h en 8 séances de 3 h - mercredi 14h-17h

mercredi 5 octobre 2022 (salle des conférences Strasbourg, salle Kouros Montpellier), 12 oct. (salle Asie Strasbourg, salle Kouros), 19 oct. (salle des conférences, salle Kouros), 9 nov. (salle des conférences, salle Kouros), 16 nov. (salle des conférences, salle Kouros), 23 nov. (salle des conférences, salle Kouros), 30 nov. (salle des conférences, salle Kouros), 7 déc. 2022 (salle des conférences, salle Kouros)

Programme des séances
mercredi 5 octobre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA, univ. de Strasbourg & salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• « Introduction » par Pierre Le Roux, Luc Jallot, Philippe Lefranc, Valéry Zeitoun
• 1er intervenant
« Une armée-hydre : révolution de palais et recompositions des pouvoirs militaires en Guinée », conférence d’Anna Dessertine (socio-anthropologue, chargée de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, laboratoire PRODIG, UMR IRD, CNRS, université Paris 1 et 4 Panthéon-Sorbonne, université Paris 7 Diderot, et AgroParitech) [en présence à Strasbourg]
• 2e intervenant
« Changements climatiques et violences interpersonnelles à la fin du Pléistocène supérieur : une ré-analyse intégrée du cimetière de Jebel Sahaba (Nubie, Soudan) », conférence d’Isabelle Crèvecoeur (archéologue, chargée de recherche au CNRS, laboratoire PACEA, UMR 5199 CNRS & université de Bordeaux) [en présence à Montpellier]

mercredi 12 octobre 2022 (14h-17h) (salle Asie MISHA & salle Kouros, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« Produire, utiliser et échanger. Les épées à poignée métallique de l’âge du Bronze : aspects culturels, économiques et symboliques », conférence de Léonard Dumont (archéologue, protohistorien, doctorant en cotutelle de l’univ. de Gand et de l’univ. de Bourgogne, chargé de cours à l’université de Bourgogne, laboratoire ArThéHis, UMR 6298 CNRS & univ. de Bourgogne) [en présence à Strasbourg]
• 2e intervenant
« Évitement de la guerre et préparation au combat par recours aux êtres surnaturels au Laos », conférence de Laetitia Lévy (ethnologue, diplômée d’un master d’anthropologie sociale, univ. de Strasbourg) [en présence à Strasbourg]

mercredi 19 octobre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA & salle Kouros, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« L’anthropologie face à la guerre : c’est quoi le sujet ? », conférence de Jean-Claude Favin Lévêque (docteur en archéologie préhistorique du MNHN, lab. Histoire nat. de l’Homme préhistorique, UMR 7194 CNRS, Institut de paléontologie humaine, université de Perpignan Via Domitia) [en présence à Strasbourg]
• 2e intervenant
« “Nous allions et venions d’un côté et de l’autre”. Guerre, survie et identité à travers les souvenirs d’un montagnard du Vietnam central », conférence de Gábor Vargyas (ethnologue, directeur de recherche, Département des études non européennes, Académie hongroise des Sciences, Budapest, Hongrie) [en ligne depuis Budapest]

mercredi 9 novembre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA & salle Kouros 002, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« Les guerres préhistoriques, mythes et réalités », conférence de Jean-Paul Demoule (archéologue, professeur émérite de protohistoire européenne, université Paris I Panthéon-Sorbonne, membre honoraire de l’Institut universitaire de France) [en présence à Montpellier]
• 2e intervenant
« Le prix du sang et les procédures de traités de paix à Bornéo », conférence de Bernard Sellato (ethnologue, directeur de recherche émérite CNRS, laboratoire Centre Asie du Sud-Est-CASE, UMR 8170 CNRS, EHESS & INALCO) [en présence à Montpellier]

mercredi 16 novembre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA & salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« Pourquoi la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995) ? », conférence de Henry Jacolin (ancien ministre plénipotentiaire, ancien ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française en République de Bosnie-Herzégovine, officier de la Légion d’honneur, commandeur de l’Ordre national du mérite) [en présence à Montpellier]
• 2e intervenant
« Mon cœur est à Wounded Knee. Archéologie d’un massacre d’Indiens Sioux Lakota », conférence de Laurent Olivier (archéologue, conservateur général du Patrimoine, en charge des collections d’archéologie celtique du Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, laboratoire CITERES, UMR 7324 CNRS & univ. de Tours, INRAP, MSH Val de Loire) [en présence à Strasbourg]

mercredi 23 novembre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA & salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« De la guerre préhistorique », conférence de Philippe Lefranc (archéologue préhistorien, professeur à l’univ. de Strasbourg, ARCHIMEDE, UMR 7044 CNRS & univ. de Strasbourg) [en présence à Strasbourg]
• 2e intervenant
« L’art traditionnel de la guerre à Kiribati (Pacifique Sud) », conférence d’Hélène Moser Giakoumakis (ethnologue, diplômée d’un master d’anthropologie sociale, univ. de Strasbourg) [en présence à Strasbourg]

mercredi 30 novembre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA & salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« Les armes de jet de la Protohistoire à l’Antiquité. Remise en contexte des projectiles découverts sur les sites du Grand Est », conférence de Florent Jodry (archéologue-lithicien, Centre archéologique INRAP Strasbourg, laboratoire ARCHIMEDE, UMR 7044 CNRS & univ. de Strasbourg) [en présence à Strasbourg]
• 2e intervenant
« Les “Forgotten”, soldats d’origine aborigène, de la guerre des Boers à celle d’Irak, grands oubliés du récit historique patriotique et national de l’Australie », conférence de Bernard Moizo (socio-anthropologue, directeur de recherche émérite IRD, laboratoire SENS, UMR univ. Paul Valéry-Montpellier 3, IRD & CIRAD) [en présence à Strasbourg]

mercredi 7 décembre 2022 (14h-17h) (salle des conférences MISHA, univ. de Strasbourg & salle Kouros 002, site St-Charles, univ. Paul Valéry-Montpellier 3)
• 1er intervenant
« Archéologues guerriers et pacifistes : études de cas », conférence de Luc Jallot (archéologue, maître de conférences HDR à l’université Paul Valéry-Montpellier 3, laboratoire Archéologie des Sociétés Méditerranéennes, UMR 5140 CNRS & univ. Paul Valéry-Montpellier 3, coordinateur des GRM) [en présence à Montpellier]
• 2e intervenant
« L’ost des Jawi de Thaïlande du Sud et des anciens Malais. Structure, appels et combats », conférence de Pierre Le Roux (ethnologue, professeur à l’université de Strasbourg, laboratoire SAGE, UMR 7363 CNRS & univ. de Strasbourg) [en présence à Montpellier]
• « Conclusion » de Pierre Le Roux, Luc Jallot, Philippe Lefranc, Valéry Zeitoun

PRÉSENTATION
Toutes les sociétés du monde, qu’elles forment des espaces sociaux larges, médians ou restreints : celles éteintes relevant du long passé, celles subactuelles transformées ou disparues plus récemment, et celles d’aujourd’hui, ont connu à un moment ou un autre de leur histoire, sinon en permanence, insécurité, guerres ouvertes ou larvées, guérillas, batailles rangées, attaques sporadiques, massacres, vendettas, raids en quête de femmes, nourriture, exploits, terres, gloire, pouvoir, richesse, vengeance, trophées (minéraux, végétaux, animaux ou humains), nécessaires au bon fonctionnement social, sans que la liste ne soit close. Elles ont dû aussi, pour cette raison, se défendre, se préparer et s’organiser au combat, inventer et fabriquer des armes, souvent caractéristiques (sarisse macédonienne, cladio celte, gladius romain, claymore écossaise, angon franc, arc mongol, boomerang des Aborigènes australiens, khukuri népalais, gakgung coréen, katana japonais, keris malais, tomahawk amérindien, coupe-coupe de guerre wiöh jaal et arbalète na des Cau Maa’ et Mnong, patu maori, arc réflexe mongol...), apprendre à s’en servir, créer des tactiques et stratégies de lutte, fabriquer des défenses, des enceintes protectrices, des protections collectives, comme les places fortes, les kraal (des Zulu), les pièges, chausse-trappes, ou des protections corporelles tels les casques, cnémides, jambières, spalières, coudières, gantelets, boucliers, scutum, broigne, cottes de mailles, buffleteries, armures et cuirasses ; protections faites de tissu, végétal, cuir, os, ivoire, corne ou métal, voire d’un mélange de ceux-ci. Ces inventions offensives ou pour préserver la paix en tenant l’autre en respect impliquent l’entraînement des jeunes gens aux techniques martiales – le plus souvent des hommes mais aussi, selon la société et l’époque, des femmes –, dont le maniement des armes et la formation au combat à mains nues ou armées (athlétisme, boxe, capoeira, close combat, dambe, engolo, escrime, gatka, guoshu, hoplomachie, jiu jitsu, kalaripayatt, krabi krabong, krav maga, lutte, muay boran, njom, pancrace, pencak silat, pugilat, quanfa, silambam, taekwondo, tahtib, varma kalai, việt võ đạo, wushu...).

Ceci pouvait et peut donc impliquer la formation de gens d’armes et guerriers de long terme, voire professionnels, ou bien d’une élite exclusivement chargée de la guerre ou responsable de la formation et de l’encadrement des villageois ou citoyens ordinaires appelés en cas de danger. Cela peut également impliquer la création de statuts sociaux dédiés, éventuellement liés à des initiations ou des classes d’âge, des limites d’appel en fonction de l’âge (trop jeunes ou trop âgés, célibataires ou mariés, etc.), jouant un rôle important dans la morphologie sociale et dans la vie politique (armée de conscrits ou armée de métier ?)...

Les guerres impliquent souvent des alliés, donc des alliances, et des subordonnés à peine protégés, vassaux, serfs, esclaves, simples roturiers, sans compter les soldats de fortune et les troupes auxiliaires issues de sociétés colonisées et engagées dans des combats lointains sans rapport avec leur quotidien, des cataphractaires employés par Rome aux galériens ottomans ou chrétiens en Méditerranée, en passant par les Écossais au service de la France, les Gaulois à celui de Carthage, les Grecs à celui des Perses, les gardes suisses, les tirailleurs sénégalais ou annamites, les askari allemands d’Afrique orientale, les auxiliaires hurons ou iroquois lors de la guerre franco-britannique du Canada, les éclaireurs amérindiens de la cavalerie américaine, les janissaires ottomans, les cosaques, les cipayes et gurkhas britanniques, les légions étrangères française et espagnole, la légion arabe, plus récemment Daech ou les sociétés privées de mercenaires sous contrat en Irak, Afghanistan, Syrie ou Afrique.

L’approvisionnement et la logistique sont au cœur de la guerre comme de la paix armée et défensive, en prévision des combats et des sièges éventuels : disposition de nourriture, acquisition et stockage d’armes et de munitions, de moyens de défense (huile ou eau bouillante, pierres...), ce qui engendre la création de circuits dédiés, et donc des échanges et des alliances, du troc ou du commerce monétarisé (et dans ce cas l’existence de monnaies et de systèmes économiques complexes), des élevages (montures, nourriture, bêtes dressées à la guerre) et des agricultures plus ou moins intensives permettant l’entretien de troupes nombreuses et concentrées, des moyens de transports et des bâtiments de stockage ou de garnison, des constructions navales dédiées à la guerre, fluviales ou maritimes. Les combats impliquent également des soins, préventifs et curatifs, des connaissances et usages chimiques et botaniques, des services dédiés, du medecine-man à l’hôpital de campagne en passant par le chirurgien de guerre, l’infirmier, des croix ou des croissants de couleur, des ONG, des diplomates, des espions et des batteurs d’estrade, et l’entregent d’éventuels neutres. Les guerres nécessitent des ouvrages d’art (routes et voies, places fortes, palissades, fortifications, murailles, ponts et passerelles, tours de guet, catapultes, balistes, trébuchets...), et la taille d’armes en bois, pierre, corne, os, rostre ou céramique, la forge d’épées, poignards, dagues, lances, haches et autres armes blanches, et la fonte de canons et autres armes à feu.

La guerre c’est aussi, le plus souvent, l’émergence d’inventions, d’améliorations, d’innovations techniques, des temps préhistoriques aux époques actuelles, pour les armes, le transport terrestre et maritime, la logistique, le domaine médical et scientifique, de la guerre pour le feu à celles pour le pétrole ou le gaz, du pansement froid et de la ligature des artères d’Ambroise Paré au masque à gaz à charbon actif de Nikolay Zelinskiy, en passant par la découverte et la production en masse de la quinine et des antibiotiques.

La protection, collective ou individuelle, inclut encore, pour éviter ou gagner la bataille, vaincre l’ennemi du jour, et préserver sa propre vie, l’appel aux non-humains par des prières, incantations, litanies, sacrifices, processions, ex-voto, transes, « disciplines » et autres épreuves physiques et psychologiques, et aussi désormais drones et robots. Ces êtres surnaturels peuvent être des animaux, éventuellement totems, des divinités, génies et fées, des ancêtres, héros disparus, sorciers et enchanteurs, dames blanches, chamanes et médiums, avec leur panoplie d’instruments, comme des masques ou des cannes magiques, recettes, invocations magiques, talismans, amulettes et autres objets apotropaïques ou prophylactiques, tatouages et tissus d’invulnérabilité...

Les succès à la guerre, au combat, dans la collecte de trophées, peuvent engendrer héros et héroïnes, des épopées (tradition orale ou écrite), des sentiments de fierté et d’appartenance à une communauté (régiment, élite, ethnie, corporation, société), voire un sentiment ou un roman « national ». Ils peuvent aussi faire émerger des leaders reconnus pour leur sens tactique, leur génie stratégique, leur courage personnel, leur succès martial, des chefs de guerre amérindiens jusqu’aux généraux de l’Empire ou aux maréchaux de la Grande Guerre accueillis à l’Académie française pour leurs prouesses guerrières plus que pour leur talent littéraire, en passant par Naoh et ses compagnons de la guerre du feu, les sagas nordiques et germaniques, le Ramayana, Alexandre, Boadicée, Arthur et les légendes paladines, Hannibal et ses éléphants, César et Vercingétorix, Clovis et ses Francs, Roland et son cor, Genghis Khan, Trần Hưng Đạo vainqueur des Mongols, Chaka et les impi zulu, Crazy Horse et ses Lakota, la geste de Samory Touré, et par les grands hommes et big men d’Océanie ou d’Asie du Sud-Est... Nombre de ces aspects seront abordés ici via ce thème dédié tant à la guerre qu’à l’évitement de celle-ci.