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Nomination et organisation sociale

Nomination et organisation sociale

Sophie Chave-Dartoen, Cécile Leguy, Denis Monnerie

2012Paris, Armand Colin. 383p.

ISBN : 978-2-200-28043-7 www.armand-colin.fr

Le texte ci dessous résume la plupart des chapitres de Nomination et organisation sociale.

Si les noms de personne ont fait l'objet de nombreuses études anthropologiques, la nomination est restée une dimension inaperçue de l'organisation sociale. Cet ouvrage traite des liens entre nomination et organisation sociale. Fruit d'une maturation collective procédant par allers-retours entre enquêtes de terrain, réflexions théoriques et séminaires où tous les auteurs ont discuté de leurs résultats, il propose des synthèses théoriques, des études de cas et une bibliographie internationale étendue sur la question.

Définir la problématique de cet ouvrage impliquait d'ouvrir une réflexion large sur les interactions entre organisation des sociétés et nomination. Ce faisant, nous avons été amenés à interroger plusieurs thèmes touchant aux noms, aux pratiques de nomination, et à associer à l'anthropologie sociale et culturelle plusieurs disciplines, notamment l'ethnolinguistique, la linguistique et certaines recherches sur la cognition. Notre volonté d'envisager la question de façon critique et constructive à la fois, sous des angles conjuguant de façon complémentaire anthropologie, ethnolinguistique et propositions en matière de fonctionnement cognitif,explique l'agencement de ce livre.

La première partie présente l'histoire, les débats et les propositions autour de la nomination et des noms propres suivant les axes qu'offrent anthropologie, linguistique et sciences cognitives. Pourquoi le développement de la notion d'organisation sociale a-t-il fait l'impasse sur le rôle de la nomination ? D'où vient l'idée communément répandue en linguistique que les noms propres n'auraient pas de signification ? La nomination se réduit-elle à une mise en catégories ?

Cette partie théorique dialogue avec une seconde partie composée de huit études de cas. Fondées sur des recherches ethnographiques au long cours, elles conduisent en Océanie de la Nouvelle-Calédonie au Vanuatu en passant par Wallis. (Hors Océanie elles traitent de Java, de Madagascar, du Brésil, de l'Afrique de l'Ouest). Toutes pointent l'importance du rôle joué par les noms des acteurs et des groupes sociaux, montrant quels sont les noms propres impliqués dans la configuration de certaines sociétés et comment le fait d'envisager celles-ci par la nomination remet en perspective la notion même d'organisation sociale. Des formes sociales difficiles à comprendre dans les schèmes classiques de l'anthropologie apparaissent ainsi sous un nouveau jour renouvelant par là-même la compréhension des noms propres, de leurs significations et de leurs valeurs sociales.

Partie I Nomination et organisation sociale : approches pluridisciplinaires

Chapitre 1 Denis Monnerie « Nomination et organisation sociale : de la rencontre tardive de deux concepts anthropologiques. »

Dans ce volume, il s'agit de reprendre la question classique de l'organisation des sociétés sous un nouvel éclairage, celui de ses rapports à la nomination. Aborder l'organisation sociale sous l'angle des pratiques de nomination, comme nous le faisons ici, est une façon de se confronter à la variété des sociétés et des cultures. Au-delà, l'entreprise vise à réévaluer les approches et les concepts classiques permettant de penser celles-ci. Une traversée des conceptions de l'organisation sociale dans les travaux des anthropologues britanniques et français montre la prééminence d'idées touchant à l'intégration des personnes et des ensembles sociaux. La nomination n'y a aucune part. Cependant, en Chine, en Albanie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Vanuatu etc. un certain nombre de travaux ethnographiques pointent l'importance des phénomènes de nomination dans diverses formes et à divers plans d'organisation sociale. Cette remise en cause des concepts s'inscrit dans une tradition de l'anthropologie sociale et culturelle qui, dès les origines, se caractérise par des retours critiques sur ses démarches. Cette spécificité prend sa source aussi bien dans des connaissances ethnographiques sans cesse élargies et approfondies des sociétés humaines que dans la pratique du débat scientifique.

Chapitre 2 Cécile Leguy « Noms propres, nomination et linguistique »

Le nom de personne, en tant que nom propre parmi d'autres, n'a que récemment retenu l'attention des linguistes, suite aux travaux des philosophes logiciens des années 1970-80. Mais la linguistique peine à circonscrire le phénomène et seules les approches tenant compte de la situation d'énonciation, inspirées d'ailleurs souvent des travaux des anthropologues, ont pris la mesure de ce que pouvait signifier le nom propre dans ses usages. Les réflexions des linguistes sont cependant intéressantes pour nous, dans la mesure où elles mettent bien en valeur la nécessité d'une contextualisation du nom de personne pour l'appréhender, et l'insuffisance d'approches qui ne tiendraient pas compte des relations entre nomination et organisation sociale.

Chapitre 3 Sophie Chave Dartoen « Noms propres, catégorisation, sémantique et rapport au monde ».

Pour ce qui concerne plus particulièrement la cognition - prise comme le vaste champ de l'acquisition et de l'organisation des savoirs - l'ethnographie rassemblée dans ce volume apporte une contribution importante en ce qu'elle montre que toute étude contextualisée de la nomination renvoie à des modalités spécifiques de catégorisation et de signification. Parmi les catégories fixées dans et par le langage, le nom propre prête à un déploiement sémantique singulièrement profond, diversifié et diffus, du fait de la richesse et de l'imbrication des relations et des expériences évoquées par son énonciation. Son fonctionnement articule, mieux que tout autre dispositif, la superposition, la jonction, la coordination de significations, de représentations et de valeurs. Du fait de son caractère institutionnalisant, il articule ainsi phénomènes sociaux et phénomènes cognitifs, constituant un lieu d'indexation, de sédimentation, de condensation et de conversions multiples, socialement significatives. D'un point de vue anthropologique, l'usage du nom propre met donc en place et manifeste, pour ce qu'il distingue, un rapport au monde relevant d'aspects cognitifs particuliers.

Partie II Nomination et organisation sociale : études de cas

Chapitre 4 Denis Monnerie « Significations, valorisations et performativité de la nomination dans l'organisation sociale à Arama (Kanaky Nouvelle-Calédonie). Système, résilience et créativité. »

Pour Arama Denis Monnerie montre l'importance déterminante du nom kanak dans l'organisation sociale et l'appartenance aux groupes de parenté. Le nom kanak prend des formes diverses qui s'attachent de façons différentes à l'organisation sociale : noms-titre, noms ancestraux ou noms façonnés. Les premiers, transmis à des hommes par alternance de trois ou, plus généralement, deux générations, indiquent la valorisation et/ou le rôle de la personne dans l'organisation de la société en Grande Maison et/ou de son groupe. Des noms façonnés sont donnés quand tous les noms ancestraux du groupe sont portés. Les femmes portent le plus souvent des noms façonnés. Ainsi, les noms kanak se répartissent en noms perpétuant des aspects - pouvant être fondamentaux - de l'organisation sociale et en noms façonnés exprimant à la fois la créativité onomastique et la vigueur démographique d'un groupe. Les noms kanak sont partie prenante de la sémantisation des relations sociales, qui caractérise souvent les autres noms portés aujourd'hui à Arama.

Chapitre 5 Dominik Bretteville « Quand une nomination peut en cacher une autre : attribution des noms et distribution des rôles chez les Paimboas de Nouvelle-Calédonie. »

Dominik Bretteville interroge l'apparente instabilité de la nomination des groupes de parents et des groupes locaux telle qu'elle peut être perçue à travers les cérémonies chez les Paimboas de Nouvelle-Calédonie. Cette société kanak est constituée en cinq groupes, le groupe du premier dignitaire qui n'est pas nommé et quatre autres groupes portant tous des noms toponymiques. À partir de l'étude des discours des cérémonies funéraires, lors des alignements de lots de prestations, l'auteur remarque que des unités sociales sont nommées dans certaines cérémonies et ignorées dans d'autres. L'étude montre que le caractère éminemment relatif de la nomination tient au fait que les noms des groupes expriment principalement des mises en relation avec le système social qui leur donne sens.

Chapitre 6 Noël J. Gueunier « L'évolution récente des noms de personnes à Madagascar ».

Faits de langue : le « nom » ou la « personne » ?

Une plongee dans le XIXe siecle precolonial

Aujourd'hui : le systeme des noms de personnes est toujours domine par l'opposition entre Malgache et Vazaha

La structure du nom personnel : l'adoption (presque) generale du binome L'inventaire : l'invention des « prenoms malgaches » La transmission familiale des noms

Conclusion : une dialectique de la structure et de l'inventaire

Chapitre 7 Virginie Lanouguère-Bruneau « Mon père portait le nom de sa mère... je porte aussi le nom de mon père ».

À Mota Lava (Vanuatu), Virginie Lanouguère-Bruneau décrit les transformations récentes du système de nomination des personnes. Traditionnellement, dans cette société à filiation matrilinéaire, les hommes portaient trois noms : un nom personnel, un nom de grade et un nom de lignée marquant l'ascendance matrilinéaire. Les transformations récentes portent d'une part sur l'introduction de noms personnels extérieurs - dont des noms chrétiens - et, d'autre part, sur les noms de grade. Sous trois formes - Sôq, acquisition de représentations tamate et renommée dans le village - les systèmes de grades attestaient autrefois du mana de la personne et le nom correspondant, cristallisant un complexe système d'échange, mettait en avant le statut d'un homme en relation aux vivants, aux ancêtres et aux esprits. Ces institutions ayant disparu avec la christianisation et la colonisation, ce nom est devenu obsolète. Sous l'influence d'institutions comme l'école, le deuxième nom tend à devenir le nom personnel du père. Ceci permet désormais de repérer les liens de parenté aussi selon un modèle patrilinéaire et met en avant une relation au père qui se renforce, par les institutions modernes et par le développement de la culture commerciale du coprah. Ainsi le deuxième nom reste attaché au statut, mais sous une nouvelle forme fondée sur l'accès à l'argent moderne.

Chapitre 8 Sophie Chave-Dartoen « Pluralité référentielle des noms propres et organisation sociale. Constitution, statut et pérennité de la personne à Wallis. »

À Wallis (Polynésie occidentale), la nomination reste en prise très directe avec l'organisation sociale et ses logiques structurantes, malgré l'usage grandissant du système binominal d'origine française. Sophie Chave-Dartoen propose, avec l'étude des noms propres, de considérer certains noms, particulièrement les noms d'ancêtres prestigieux, comme des institutions (appelées ici « personnes collectives ») au sein desquelles les hommes se succèdent, héritant de certains attributs de leurs prédécesseurs parmi lesquels l'autorité, qu'ils exercent à leur tour sur leurs propres dépendants. En retour, la vie sociale et la praxis des porteurs du nom chargent ce dernier de significations, de sens et de valeur ainsi toujours travaillés et réévalués, assurant une conversion efficace entre la signification littérale, le sens diffus - parfois très dense - et la valeur sociale qu'il confère.

Chapitre 9 Jean-Marc de Grave « Les noms de personne chez les Javanais. Répertoire, pratiques et rapport à l'organisation sociale ».

Après la présentation de travaux préexistants portant sur les noms javanais, l'analyse des activités d'un maître javaniste spécialisé dans l'initiation rituelle conduit Jean-Marc de Grave à envisager la nomination sous plusieurs aspects. Tout d'abord, les pratiques d'interpellation des constituantes de l'être en gestation lors des rituels de prénaissance indiquent clairement une préclassification de l'être en terme d'aîné-cadet situé dans le temps et dans l'espace de façon générique, que la nomination de cet être va contextualiser en suivant un ensemble de règles partiellement normatives mais qui laissent une large place à la créativité. Le nom, notamment en ce qu'il est changé à l'âge adulte, n'apparaît ainsi pas seulement comme un mode de reconnaissance, un moyen de protection et un besoin de se situer dans la société et le cosmos conjugués, mais aussi comme un repère qui exprime l'avancement de la personne dans le système de valeurs du même groupe. En parallèle à ceci, les nouvelles pratiques nominatives peuvent aussi servir d'indices qui participent de la modification progressive des catégories sociales et marquent un rapport hiérarchique du groupe à l'altérité en ce qu'elles induisent un recul par rapport au mythe alors relégué au statut d'élément culturel d'appartenance, soit par positivisme, soit par conviction religieuse. L'argumentation, au sein de laquelle figure en particulier l'élargissement de l'utilisation des noms valorisés par les catégories sociales émergeantes, me conduit à émettre l'hypothèse suivant laquelle les nouvelles tendances nominatives induisent une implication relationnelle moins active qui semble mettre en question la cohésion du groupe javanais comme entité autonome.

Chapitre 10 - « Combiner le nom ». Noms personnels et phénomènes de classification au Brésil (Agnès Clerc- Renaud et Sophie Laligant)

FAÇONNAGE DU « NOM VECU » ET DESCRIPTION DE L'« ENSEMBLE NOMINAL » LES DETERMINANTS ANTEPOSES AU NOM, MARQUEURS DE STATUT PERSONNEL ET SOCIAL

LES DETERMINANTS POSTPOSES AU NOM, MARQUEURS DE SEXE DANS LA TEMPORALITE

ENSEMBLE NOMINAL ET PROCESSUS CLASSIFICATOIRES ENONCIATION ET CLASSIFICATION

RETOUR SUR LA DEMARCHE : LES PROCESSUS DE NOMINATION A L'AUNE DES CLASSIFICATIONS

Chapitre 11 - Nomination, organisation sociale et stratégies discursives chez les Bwa (Mali-Burkina Faso) (Cécile Leguy)

À la question que posait Françoise Zonabend, « Pourquoi nommer ? », différents types de réponses peuvent être envisagés, tant les systèmes de nomination sont divers. Précisons la question ainsi : nomme-t-on un individu pour l'inscrire dans une histoire, avec une perspective diachronique, ou bien pour dire quelque chose de précis dans un contexte actuel, la nomination étant alors à comprendre dans sa dimension synchronique ? Christian Bromberger a montré combien le choix d'un prénom pouvait répondre à des motivations différentes. « Leur attribution peut recouvrir, outre les fonctions générales que l'on a dégagées plus haut, des enjeux, des stratégies, des sens bien différents d'un cas à l'autre » (1982 : 117). Différentes stratégies de sens peuvent d'ailleurs coexister : en donnant à un enfant le prénom de son grand-père, on peut en même temps vouloir transmettre un prénom familial et inscrire l'individu dans une lignée tout en signifiant ainsi, en choisissant délibérément un prénom désuet, l'origine aristocratique de la famille. Peuvent alors se combiner, dans l'acte même de nommer, la volonté d'inscrire la personne dans une histoire familiale ou sociale et une manifestation de signification à comprendre en lien avec un contexte donné.

Cependant, l'une ou l'autre dimension peut prendre le dessus en fonction de la société dans laquelle on se situe et de la manière dont, dans cette société, on fait jouer les relations entre les noms individuels et l'organisation sociale. Ce chapitre traite plus précisément de la dimension temporelle inscrite dans le nom de personne, à partir du cas bien connu en contexte africain de l'attribution de noms-messages circonstanciels (proverbialnames). Il repose sur des données ethnographiques recueillies auprès des Bwa, peuple d'agriculteurs présent au Mali et au Burkina Faso.

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