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Chamane-chamanisme

Le terme « chamane » fait son apparition au XVIIe siècle. Il provient du terme « shaman » qui, chez les Tougouses de Sibérie, désigne le spécialiste religieux. Introduit par Avvakum Petrovitch (dirigeant du clergé conservateur russe) en 1672, le mot chamane désigne cet individu à la fois prêtre, sorcier, magicien, thérapeute, guérisseur et devin et qui, tout en appartenant à l’humanité, est l’intercesseur des hommes auprès des esprits.

L’élection qui fait d’un homme un chamane varie en fonction des cultures. En Sibérie par exemple, le futur chamane est choisi par un esprit et, pour celui qui se voit ainsi élu, cette élection est parfois mal vécue car elle est imposée et non choisie : il ne peut en aucun cas déroger à cette élection sous peine de mort. Le futur chamane présente généralement un certain nombre de symptômes stéréotypés caractéristiques : refus ou incapacité de parler ou/et de manger, fugues en forêt, état de transes incontrôlées, évanouissements ou même grave maladie, etc. Durant cette période de « formation », le candidat doit suivre un apprentissage dangereux auprès des esprits de la surnature, apprentissage qui lui est absolument indispensable s’il veut pouvoir faire des esprits ses « auxiliaires » et communiquer avec eux.

En Amérique du Sud, le processus qui fait un ou une chamane diffère de ce qui se passe en Sibérie dans la mesure ou la quête est volontaire et personnelle. Là également, le candidat suit un apprentissage auprès d'un chaman expérimenté et, durant cette formation, il est fait recours à des drogues hallucinogènes.

Personnage important dans bon nombre de sociétés traditionnelles, le chamane est avant tout le guérisseur à la fois du corps et du mental. En effet, dans les conceptions locales la maladie (physique ou mentale) peut avoir deux causes : l’introduction d’une substance exogène ou/et la perte de l’âme et, dans les deux cas, le chamane possède les connaissances et les pouvoirs pour intervenir. Si, dans le premier cas, il peut extraire le mal « in situ » (par succion, par fumigation, rituélies, etc.), dans le second il doit intervenir et se rendre lui-même dans le monde des esprits. Par des moyens spécifiques à chaque société (absorption d’hallucinogènes, privations diverses, contraintes biologiques, etc.), le chamane entre tomber en transe et va « voyager » dans le domaine de la surnature (cela peut s’approcher de l’anabase ou de la catabase) afin d'y rechercher l’âme du malade pour la faire réintégrer le corps. Le chamane se présente donc comme un être pouvant agir non seulement sur le domaine de la matérialité, du visible, mais dans celui de la surnature, de l’invisible. C’est par ailleurs un être qui a lui-même vaincu la maladie en passant par une « mort initiatique » et qui en est « ressuscité » : il possède donc nécessairement des pouvoirs médicaux. Si la fonction thérapeutique du chamane s’avère fondamentale, son rôle est également extrêmement important dans le domaine social et économique (par exemple en donnant son aval ou son veto pour la chasse de certains animaux, ou encore en influant sur des décisions).

On est revenu aujourd'hui de l'ancienne vision (jusque dans les années 1960) du chamane vu, d'un point de vue psychanalytique, comme un être du désordre à la frontière de la folie : il est en fait celui qui rétablit l'ordre et qui peut tenir à distance le chaos (difficultés diverses, maladies, conflits interpersonnels dans l'ethnie...).

 

Pistes bibliographiques :

CHANCEL S., Grand livre du chamanisme, origines, rites et coutumes, Paris, 2005.

CROCKER C., Vital Souls, Tucson, 1985.

DEVEREUX G., Mhave Ethnopsychiatry and suicide, Washington DC, 1961.

ELIADE M., Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase, Paris, 1951.

FINDEISEN H., Schamanentum dargstellt am Beispiel des Besessenheitspriester nordeurasiatischer Volker, Stuttgart, 1957.

HARNER M., The way of the shaman. A guide to power and healing, New York, 1990.

HELL B., Possession & Chamanisme, les maîtres du désordre, Paris, 2002.

PERRIN M., Les Praticiens du rêve : un exemple de chamanisme, Paris, 2001.

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