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Eric Navet : L'Occident barbare et la philosophie sauvage. Essai sur le mode d'être et de penser des Indiens Ojibwé (2007)

Compte rendu récent publié sur le site www.deroutes.com du dernier ouvrage en date d'Eric Navet, professeur émérite (Institut d'ethnologie, Université de Strasbourg, Laboratoire SAGE UMR 7363 CNRS) : L'Occident barbare et la philosophie sauvage. Essai sur le mode d'être et de penser des Indiens Ojibwé (2007)

 

Erica Navet : L'Occident barbare et la philosophie sauvage. Essai sur le mode d'être et de penser des Indiens Ojibwé


Eric Navet, L’Occident barbare et la philosophie sauvage, Essai sur le mode d’être et de penser des Indiens Ojibwé, Paris, Homnisphères, Coll. « Univers des Possibles », 2007, 381 pages.

Enseignant à l’université de Strasbourg et grand anthropologue de terrain, Eric Navet nous livre ici un ouvrage de référence sur les Ojibwé, une population amérindienne d’Ontario au Canada, qu’il connaît bien et dont il fait (presque) un peu partie, puisqu’il a vécu parmi elle à de nombreuses reprises. Dans cet ouvrage monographique sur le mode d’être et de penser ojibwé, nous découvrons émerveillés la philosophie de cette ethnie, basée sur des valeurs humaines, écologiques et spirituelles, dans un monde « beau, ordonné et harmonique ». Après des données ethnographiques extrêmement précises et un état des lieux de la population ojibwé, E. Navet nous fait participer à la vision du monde des Ojibwé, en analysant avec précision la cosmologie, particulièrement grâce à la « vision » reçue par un héros historique Ogauns. Les Ojibwé conçoivent le monde comme un ensemble de phénomènes interdépendants ; l’ensemble de la création possède une même nature et forme un tout harmonique. Un large chapitre est consacré à l’imaginaire ojibwé, où l’auteur montre que le rêve (ou la vision), considéré comme créateur, permet le retour au mythe primordial ; l’homme doit être en accord avec l’ensemble de la création et la seule voie de connaissance possible passe par un voyage au « centre de soi-même ». Pour les Ojibwé, vie signifie pouvoir, bénéfique ou maléfique, et tout ce qui est matière est vie. E. Navet nous fait découvrir leurs croyances animistes, qui sont en fait une manière de vivre au quotidien, puisque leurs conceptions « vitalistes » s’expriment même sur le plan linguistique. Nous découvrons également l’interdépendance des Ojibwé avec l’écosystème, leurs connaissances approfondies de l’écologie, des plantes, des animaux ainsi que la place de ces derniers dans la création. L’auteur développe également dans un chapitre important le chamanisme ojibwé. Le chamane, dont le pouvoir lui fut apporté par un manido, exerce des pratiques divinatoires ou thérapeutiques en état de transe, dues souvent à des substances psychotropiques de type hallucinogène. De façon plus pragmatique, E. Navet analyse ensuite l’économie ojibwé, qui a longtemps été une économie de subsistance liée à des techniques correspondant à la vie nomade, équilibrée par un système démographique adapté au biotope (petits groupes), qui est devenue sédentaire depuis la colonisation. Les chapitres suivants sont consacrés à la vie sociale et au cycle de la vie, de la naissance à la mort. La société ojibwé est basée sur la bande, le clan, la famille, etc., mais le système totémique socialise les relations naturelles qui existent entre les êtres. Comme dans toutes les sociétés traditionnelles, le chef est celui qui réunit les caractéristiques de dominance, d’organisation, d’initiative, de bon chasseur, etc. Cependant, la société ojibwe fonctionne suivant un principe d’égalité, modèle d’équilibre qui régit tous les systèmes composant le monde créé. D’ailleurs, il s’agit d’une société pour le loisir car les travaux y sont accomplis par nécessité et non par plaisir. La fête y est très présente et permet de se réunir autour de la musique et de la danse notamment. D’autres fêtes sont organisées pour les rites de passage : le bébé, le nom, la formation et le développement de l’individu, le mariage et la mort, qui représente l’intégration de l’individu dans l’ordre universel des choses. E. Navet termine son ouvrage passionnant en proposant une théorie anthropologique ojibwé. Les principes-clés de la philosophie ojibwé : ordre, harmonie et beauté, fonctionnent pour l’organisation sociale, la culture, les écosystèmes et l’ordre du cosmos. S’il est une grande chose dont nous pouvons tirer de la philosophie ojibwé est que leur mode de connaissance fondé sur une identification avec les choses et les êtres, implique une vision du monde comme un système infini d’interrelations. Face au totalitarisme du monde blanc, l’Ojibwé n’oublie pas qu’il est « frère » de la pierre, de l’animal, et « fils » de la « terre-mère ».

Christine Dumond

 

Info publiée le : 13 avril 2014
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